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Apartés • De Gaulle Eid


Corse-Matin • 18 août 2022 • article de Dominique Landron


Après Chou Sar et Terra di i turmenti, le cinéaste et producteur De Gaulle Eid a présenté son dernier documentaire au Festival de Lama sous le titre Apartés. Avant une nouvelle diffusion lors du prochain festival Arte Mare début octobre, le public de la vallée de l'Ostriconi a donc pu découvrir le passionnant et bouleversant parcours de quatre femmes issues des quartiers défavorisés de Bastia.
Suivies par la caméra de De Gaulle Eid, elles s'engagent dans une aventure unique avec le Théâtre Alibi de François Bergoin et Catherine Graziani. Le but étant de monter sur scène pour la première fois de leur vie pour interpréter une pièce de théâtre. Au delà du pari artistique, Apartés nous fait pénétrer l'intime de ces femmes en évoquant leur vie. De Gaulle Eid explique sa démarche en répondant aux questions de Corse-Matin.

Votre film dépasse la création théâtrale pour évoquer la vie de ces femmes. Vous auriez pu appeler votre film "Intimité" ?
Oui, c'est très juste, car mon film traite de l'intimité des êtres. Durant ces années, ces femmes ont fait le silence sur leurs origines, l'histoire de leurs familles. Elles se livrent face caméra. Le lieu fermé du théâtre évoque l'enfermement de leur quartier. C'est grâce à elles que le film existe. Une belle expérience complexe, mais ô combien passionnante !

Comment faîtes-vous pour pénétrer au plus profond de ces êtres qui se confient sans limite face caméra ?
C'est compliqué dans le cadre d'un documentaire, il faut aimer les personnages que l'on filme, instaurer une confiance aveugle envers vous, cela prend du temps. C'est un travail de longue haleine, nous ne sommes pas au sein d'un reportage porté par l'immédiateté, dans lequel on pose des questions. Les personnages existent par ce qu'ils sont, nous ne sommes pas dans la fiction. Ces femmes ont quelque chose à raconter avec un réel charisme. Il a fallu leur laisser la liberté, au fur et à mesure que le personnage se transforme laissant apparaître une mosaïque humaine. Des choses flottent à la surface, plus ou moins floues, il faut savoir les attraper au bon moment.

Votre film met en équation l'extérieur de Lupino, la nature insulaire et l'intérieur du lieu des répétitions du Théâtre Alibi ?
C'était un sacré challenge, créer un parallèle entre la création théâtrale, le travail physique formidable de Catherine Graziani et de François Bergoin et l'intimité de ces femmes. Marier l'enjeu cinématographique et théâtral n'était pas facile, la confiance partagée avec Catherine et François a permis cette union et cette différence. Ils ont réussi à sortir l'humain de l'humain, c'est éclatant à l'écran.

L'affiche d'Apartés est signée Michel Landi, auteur des précédentes pour Chou Sar, Terra di i turmenti, est-ce le témoignage d'une fidélité amicale ?
J'ai un attachement particulier avec Michel Landi. Lorsqu'il a découvert Chou Sar dans un festival, il m'a fait part de son désir de créer l'affiche, tant le film l'avait bouleversé. Quand un César de l'affiche, auteur de 2000 affiches des plus grands films mondiaux, vous fait cette proposition, c'est plus que gratifiant. Je suis fidèle en amitié, j'ai demandé à Michel Landi à nouveau sa contribution, il a accepté. Son affiche est magnifique, elle correspond vraiment à l'esprit de mon film, quel talent !

L'avenir d'Apartés après le Festival de Lama ?
Le film s'est achevé lors du confinement et sa sortie a été perturbée par le Covid. Nous aurions pu le sortir sur des plateformes de streaming mais cela n'a pas été notre choix. Nous avons préféré privilégier les festivals pour créer un échange avec le public.
J'espère une diffusion sur France Télévisions. La chaîne Arte semble elle aussi intéressée.



Corse-Matin aura l'occasion de reparler de De Gaulle Eid dans les mois qui viennent car le nouveau documentaire qu'il a produit sera présenté en exclusivité au Festival italien de Bastia en février 2023. Réalisé en collaboration avec l'historien Jean Gili, ce film très attendu par les cinéphiles est en effet consacré au grand réalisateur romain Elio Petri, qui avait obtenu un Oscar en 1971 pour Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon et la Palme d'or au Festival de Cannes en 1972 pour La classe ouvrière va au paradis. Selon des indiscrétions, De Gaulle Eid pourrait également faire partie du jury de ce Festival italien qui fêtera son 35ème anniversaire l'année prochaine.
Dominique Landron

 


           









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